Les recommandations pour une bonne acclimatation sont-elles vraiment utiles?

Par Pascal Daleau le  sous Aventures

Tous les textbooks sur l’acclimatation mentionnent qu’une fois arrivé au-dessus de 2 500 m, on recommande une progression lente, de respecter un écart de 300-600 m entre deux nuits consécutives et de prévoir un jour de repos tous les deux ou trois jours ou après un gain important d’altitude afin de permettre au corps de s’acclimater pendant deux nuits consécutives à une même altitude. Toutefois, comme je l’indique dans mon livre sur le mal des montagnes (MAM), il est parfois tout simplement impossible de respecter ces règles, en particulier lorsque les camps établis ne le permettent pas. De plus, l’acclimatation est un processus physiologique propre à chaque individu et il existe d’importantes variations d’une personne à l’autre.

D’où proviennent de telles règles?

En 1976, P.H. Hackett et ses collègues ont évalué la proportion de gens qui présentaient des symptômes de MAM à Pheriche (4 243 m; vallée du Khumbu, Népal). Ils ont constaté que 60 % des gens qui avaient pris l’avion de Katmandou à Lukla (2 800 m) présentaient un MAM comparativement à 42 % chez ceux qui avaient marché entre ces deux villes. En plus de cela, parmi les douze trekkeurs qui avaient présenté une atteinte sévère : sept cas d’œdème aigu du poumon de haute altitude (OAPHA) et cinq cas d’œdème cérébral de haute altitude (OCHA), onze provenaient du groupe de ceux qui avaient pris l’avion pour Lukla. D’autres études ont confirmé ces observations et ont notamment montré que pour chaque jour additionnel pris pour aller de Lukla à Pheriche on constatait une baisse de l’incidence du MAM de presque 20 %. Une étude plus récente (2012) montrait encore qu’une vitesse d’ascension plus grande que 400 m entre deux nuits consécutives augmente le taux de MAM sévère de 24 % (1 326 personnes ont été évaluées ; aucune n’avait pris de traitement préventif au Diamox – voir le blogue Terra Ultima de juin au sujet du traitement préventif).

Pourquoi ou pour qui les appliquer?

Tout comme il existe une forte variation interindividuelle de la saturation sanguine en oxygène à une altitude donnée, ceci n’étant pas nécessairement relié à une bonne ou à une mauvaise acclimatation, la susceptibilité au MAM est très variable d’une personne à l’autre. Alors que certains développent des symptômes lors d’une progression respectant les « règles », d’autres peuvent aller beaucoup plus vite sans problème d’acclimatation. Toutefois, il est important de comprendre qu’avant qu’une personne choisisse d’aller plus vite que ce qui est recommandé, il faut qu’elle ait testé auparavant ses capacités d’acclimatation, si non, elle peut être exposée à un risque élevé de problèmes potentiellement graves.

Ces recommandations, qui sont issues d’études statistiques, ont donc surtout été établies pour la sécurité des personnes qui n’ont jamais été exposées à l’hypoxie d’altitude. Comme il est fréquent et normal qu’il y ait de telles personnes dans les groupes de trekkeurs, il ne faut pas s’étonner que Terra Ultima considère l’application de ces règles comme prioritaire pour la plupart des treks qu’elle organise. Le profil d’ascension peut toutefois être modifié si tous ont une expérience de bonne acclimatation à la haute altitude, mais il faut garder en tête que chacun à sa limite physiologique sur laquelle il ne peut rien faire, ou presque. De plus, la littérature révèle que dans certains cas, une première exposition à l’altitude ou un gain d’altitude rapide et important peut révéler des problèmes pathologiques majeurs qui ne s’étaient pas manifestés auparavant, comme des problèmes cardiaques, ce qui incite en tout temps à la prudence.

Pour terminer, la recommandation de planifier un jour de repos tous les deux ou trois jours sans tenir compte du profil quotidien d’ascension est souvent remise en question, ce qui apparait logique puisqu’elle ne tient pas compte du dénivelé. Cependant, je n’ai, pour ma part, jamais regretté de respecter la recommandation de passer deux nuits consécutives à la même altitude (ou de redescendre à un camp inférieur avant de remonter) après un gain important d’altitude, par exemple de l’ordre de 1 000 m, comme c’est le cas pour le Denali ou d’autres hauts sommets en Himalaya ou dans la Cordillère des Andes.

Par Pascal Daleau