L’apnée du sommeil de haute altitude, est-ce inquiétant?

Par Pascal Daleau le  sous Aventures

Il arrive souvent lorsqu’on dort en haute altitude d’avoir la sensation de manquer d’air subitement, en particulier au moment où on va s’endormir, ou même en plein sommeil. Certaines personnes s’en accommodent relativement bien, mais chez d’autres, cela occasionne de l’angoisse ou même parfois de la panique. Cette sensation désagréable est due à ce que l’on appelle l’apnée du sommeil de haute altitude. Certaines personnes en font dès 2 000 m d’altitude mais on le détecte chez tout le monde au-dessus de 3 000 m, même si on est très bien acclimaté. Il faut surtout se rassurer : l’apnée du sommeil de haute altitude ça n’est pas dangereux!

Mais qu’est-ce qui cause ce phénomène? Je vais tenter de vous l’expliquer simplement :

  • En altitude, on manque d’oxygène (ça s’appelle l’hypoxie) et on comprend logiquement que la respiration doit s’accélérer et que le cœur doit pomper plus vite et plus fort pour compenser l’hypoxie : ces réactions apportent plus d’oxygène dans le sang et plus de sang aux organes.
  • Mais comme chacun le sait, on perd du gaz carbonique (CO2) à chaque expiration et donc plus on expire fréquemment, plus on perd du CO2.
  • Cependant, le CO2 est un élément primordial dans le contrôle de l’acidité du sang et si on en perd trop, le sang devient basique, de nombreuses fonctions cellulaires se font mal et cela peut provoquer un mauvais fonctionnement des organes, comme le cerveau. Pour éviter ça, il existe au niveau de l’aorte, des artères carotides et dans le cerveau des détecteurs de CO2 et de l’acidité sanguine qui veillent à un contrôle très serré.
  • Si le sang perd trop de CO2 ou devient trop basique, un message très fort est envoyé au centre de contrôle de la respiration (situé dans le bulbe rachidien, à la base du cerveau) pour réduire l’amplitude et le rythme de la respiration afin de limiter la perte de CO2, une commande qui peut aller jusqu’à l’arrêt total de la respiration pendant un certain temps, habituellement entre 20 et 40 secondes. Pendant l’éveil, l’activité des hémisphères cérébraux permet d’éviter les apnées.

L’apnée de haute altitude est différente de celle qu’on connait bien qui se produit lors du ronflement. Cette dernière s’appelle l’« apnée obstructive » au cours de laquelle il se produit un effort important pour lutter contre l’obstruction des voies respiratoires. Par contre, l’apnée de haute altitude provient directement d’une commande du système nerveux central sans qu’il y ait aucun effort des muscles de la respiration, c’est pourquoi on l’appelle « apnée centrale ».

J’ai réalisé des recherches sur l’hypoxie d’altitude et effectué de nombreux enregistrements de la saturation sanguine d’oxygène (à l’aide d’un oxymètre) et du rythme cardiaque lors du sommeil en haute altitude. J’ai observé que l’apnée du sommeil de haute altitude, qui est étroitement associée à une oscillation régulière de la saturation, se produit chez tout le monde. J’ai même un ami qui a gravi l’Everest et qui dort comme un bébé à 8 000 m chez qui j’ai observé une oscillation régulière et très ample de la saturation pendant la majeure partie de son temps de sommeil. C’est dire que ce phénomène d’oscillation ou d’apnée est plus une adaptation physiologique à l’altitude qu’un phénomène pathologique (certains profils particulier d’oscillation de la saturation pourraient toutefois être associés au mal aigu des montagnes mais ça serait trop long d’en discuter ici).

Est-ce qu’il y a quelque chose à faire?

D’abord, garder son calme lorsqu’on se réveille en suffoquant, il faut se raisonner. C’est désagréable mais c’est normal et pas dangereux. Si ça vous atteint au point de ne plus pouvoir dormir et d’angoisser, il y a une solution : prendre ¼ ou ½ comprimé de Diamox® avant de dormir, ce qui règle habituellement le problème. Il faut cependant faire attention : ce ne doit pas être un traitement au Diamox® sinon il serait beaucoup moins efficace pour contrer un mal aigu des montagnes. Il faut donc que la prise avant le coucher reste occasionnelle et non systématique.

Ça m’arrive souvent en haute altitude de prendre une ou deux fois du Diamox® avant de dormir au cours du séjour. Ça m’aide bien mais je sais qu’il ne faut pas en faire une habitude.

Pascal Daleau, PhD