Psychologie et mal aigu des montagnes (MAM)

Par Pascal Daleau le  sous Aventures

Les précautions à prendre sur le terrain de la haute altitude pour limiter les risques de déclencher un MAM sont en général assez bien connues (mais pas nécessairement appliquées!). Il s’agit :
1- de monter à un rythme de marche modéré, adapté à la pente ;
2- à partir de 2 500 m, de limiter le gain d’altitude entre deux nuits consécutives à environ 500 m ;
3- de prévoir une journée de repos tous les trois jours ou après un gain de 1 000 m.

On peut ajouter à cela :
4- de limiter l’effort physique lors de la première journée d’exposition à l’altitude ;
5- de s’hydrater suffisamment ;
6- de s’abstenir d’alcool pendant toute la durée du séjour en altitude.

 

 

Toutefois, si l’on en parle avec ceux qui ont l’habitude d’accompagner des groupes en altitude, comme nos guides de Terra Ultima, je suis persuadé que certains seront convaincus qu’il existe un aspect psychologique au risque de MAM. C’est justement ce qu’une équipe de scientifiques du Royaume-Uni vient de démonter : l’existence d’un lien entre l’anxiété et le MAM[1]. Les principales conclusions de l’article sont que le risque de MAM, notamment celui de MAM sévère, est accru chez les personnes diagnostiquées anxieuses (état permanent de susceptibilité à l’anxiété) et chez celles présentant un niveau plus élevé d’anxiété lors du séjour en altitude.

L’acclimatation physiologique à l’hypoxie, comme l’hyperventilation et l’accroissement du rythme cardiaque, associée aux conditions climatiques difficiles, à un effort physique intense, à l’isolement ou à la peur du MAM, génèrent chez certaines personnes une réaction anxiogène excessive. On sait donc maintenant que l’aggravation de l’anxiété peut avoir des conséquences physiologiques qui augmentent le risque de MAM. Fait intéressant, l’article rapporte que l’ambiance du groupe de trekkeurs joue sur le niveau d’anxiété et donc sur le risque de MAM. Même si cela semble logique, il est très important de se le rappeler!

Voici donc quelques conseils de Terra Ultima avant de partir en trek ou en expédition : laisser le travail derrière soi et partir autant que possible la tête vide des tracas de la vie quotidienne ; ne pas « focusser » sans cesse sur sa condition physique ou sur sa saturation en oxygène (ou celle des autres !) ; bien comprendre le phénomène d’acclimatation à l’hypoxie afin de limiter la peur du MAM ; être apte aux changements de plan liés aux imprévus du trek ou de l’expédition ; s’adapter à ses limites et à celles des autres… ; bref, avoir une attitude cool quoi !!

[1] The relationship between anxiety and acute mountain sickness, par Boos C.J. et collaborateurs, publié dans PLOS ONE le 21 juin 2018.