LE TRAIN DE (LA) VIE : UNE JOURNÉE DANS LE TRAIN FIANAR-MANAKARA À MADAGASCAR

Par André Roy le  sous Aventures

Fianarantsoa, Madagascar, 17 octobre 2016 – Nous sommes tous assis dans le grand hall de l’hôtel avec notre guide Sylvie qui nous décrit ce que sera la journée du lendemain. Le trajet en train de Fianar (les diminutifs sont très fréquents à Madagascar) jusqu’à Manakara est toute une aventure, mais pas de tout repos et surtout, si l’on sait quand on part, on ne sait pas quand on va arriver! Or nous avons aussi l’option de faire le trajet, plus court, par la route en minibus, et d’arriver plus tôt. À nous de choisir. Lorsque Sylvie demande quels sont les intéressés, je suis le seul à lever la main. Peu importe, j’irai seul s’il le faut, ce trajet était la raison principale de ma visite à Madagascar. Je n’allais pas manquer cette occasion. Les heures qui ont suivi ont toutefois permis à certains voyageurs hésitants de changer d’avis et finalement, près de la moitié du groupe était du voyage. Personne ne l’a regretté.

Le lendemain matin nous partons tôt, avec Sylvie, pour la gare de Fianarantsoa où nous attend le train mythique. La voie ferrée relie en fait sur 163 km une quinzaine de villages isolés dans la jungle malgache et pratiquement inaccessibles autrement. C’est la colonne vertébrale qui régule la vie de ces villageois, qui attendent les denrées et les produits que leur livre le train et y chargent les produits de leurs récoltes, bananes, mangues, poivre, café, avocats, etc.

Nous grimpons dans le wagon qui nous est assigné, avec nos sacs à lunch, et nous nous installons pour la journée. En bas sur le quai, toute une faune s’agite avant le départ : commerçants chargeant les produits et marchandises dans les wagons, villageois à la recherche de leur place dans les autres wagons de passagers, touristes français prenant quelques clichés avant d’embarquer, et les cheminots veillant à ce que tout soit en ordre pour le départ.

Dès que le train s’ébranle, nous traversons les faubourgs de la ville et longeons des plantations de thé, puis un premier tunnel, et nous pénétrons aussitôt dans la forêt tropicale luxuriante, un étroit corridor ayant été pratiqué dans la jungle et la montagne pour laisser passer la voie ferrée. À certains endroits, la végétation est si dense que les branches frôlent les fenêtres du train. J’ai aussitôt l’impression d’entrer dans un autre monde où le temps semble s’être arrêté. Le train chemine lentement dans cette mer de verdure, empruntant des ponts et des tunnels qui relient et traversent les montagnes. Un vent chaud et humide me caresse le visage. Sur le palier à l’extérieur du wagon, j’engage la conversation avec d’autres voyageurs. Tous sont venus pour vivre cette aventure unique.

Le train commence à ralentir, signe que nous approchons de la gare d’un village, centre névralgique de la vie des gens qui attendent chaque semaine l’arrivée des produits et denrées essentiels à leur vie et leur survie. Lorsque je vois tous ces villageois agglutinés sur le bord de la voie ferrée, qui vendant des fruits, des petits beignets frits avec de la viande ou des légumes, qui cherchant un parent ou un ami, je me rends compte combien la vie dans cette région tient à ce train, fragile lien entre la « civilisation » et l’isolement.

Mais surtout, durant tout le trajet, de village en village, de gare en gare, la magie résidait dans ces dizaines de paires d’yeux grands comme des lunes qui nous fixaient avec curiosité, amusement, mais parfois avec une lueur de méfiance qui ne durait que quelques secondes. Ces rencontres éphémères, ces scènes de la vie quotidienne toutes simples restent à jamais marquées dans mes souvenirs, comme tout le reste de ce pays magnifique mais oublié.

par André Roy