Détours par Saint-Pétersbourg

Par Pierre-Paul Bleau le  sous Aventures

À son retour de Versailles en 1717, Pierre le Grand (1682-1725) avait dans ses bagages une copie du Relevé des plans généraux des jardins de Versailles, de Trianon et de la Ménagerie, datant de 1709 et obtenue des mains d’un important sculpteur français, Pierre Lepautre (1659-1744), lequel avait restauré, de 1705 à 1710, la chapelle du Château de Versailles.

Ce relevé contenait l’éclat des jardins dessinés par le ‘’père’’ du jardin à la française, André Le Nôtre (1613-1700) qui, contrairement à Louis XIV, se démarquait par sa modestie. Il était fils et petit-fils de jardiniers ayant reçu une éducation artistique en peinture au Louvre et en architecture. Il connut la consécration en 1662 lorsque Louis XIV le fit premier responsable du parc de Versailles. Louis XIV, dans ses Mémoires pour l’instruction du Dauphin a bien exposé à son fils les motivations qui lui ont fait retenir le soleil comme symbole de sa personne.

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De son côté, Pierre le Grand est le contraire de la figure de la tranquillité : il a saisi très jeune que le retard militaire, économique et diplomatique dont souffre la Russie doit être résolu par l’importation du savoir-faire et des techniques occidentaux.

Un souverain qui, en 1697, à l’âge de 25 ans, quitte son trône pendant une année pour parcourir l’Europe occidentale dans le but de se procurer du matériel militaire tout en attirant en Russie des spécialistes occidentaux comme des officiers, artisans et ingénieurs bien rémunérés, pour initier les jeunes Russes à l’organisation de la marine occidentale ainsi qu’à la construction navale. Ce tsar anticonformiste, humilié par la défaite russe de 1695 aux mains des Turcs à la forteresse d’Azov, s’engage, en mai 1696, dans la construction d’une flotte supérieurement améliorée, sous les consignes d’ingénieurs prussiens et autrichiens. Deux mois plus tard, il vaincra les forces ottomanes et installera sa première base navale, qui lui ouvre l’accès à la mer Noire par la mer d’Azov.

Une figure de la tranquillité ce tsar absolutiste? Pas vraiment. Aucun souverain russe depuis la visite de la princesse Olga de Kiev à Constantinople au milieu du 10e siècle ne s’était éloigné des rives de la Russie. Lors de ce voyage initiatique, il séjourna quatre mois à Amsterdam où il appris la construction de navires et le métier de charpentier; il ne manqua pas non plus de recruter plus de 500 marins, capitaines, médecins, chirurgiens et ingénieurs désireux de le suivre en Russie. Admirateur des Hollandais, Pierre le Grand voulut créer une ville semblable à Amsterdam, traversée de canaux, faite d’îlots avec un port au milieu des marécages. Saint-Pétersbourg allait devenir la réplique russe d’Amsterdam.

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Un tsar obsédé par le temps et l’Occident

La nouvelle cité a été l’œuvre toute entière du tsar dont la devise impériale aurait pu être « Que tout soit prêt d’avance, car le temps, comme la mort, ne peut se rattraper ». Cette obsession du temps chez le tsar intempestif montrait bien que rien ni personne ne pouvait empêcher que la Russie, dans toutes les sphères de sa vie publique, de se civiliser à l’école de l’Occident. Pourquoi? Parce que dans cette Russie aussi vaste où les savoirs étaient dominés par des croyances religieuses très peu enclines à l’activité économique et entrepreneuriale, Pierre le Grand projetait de transformer progressivement la nature même de l’État moscovite en une grande puissance militaire et navale, susceptible de se mesurer adéquatement aux puissants États du continent européen. Ainsi, la victoire russe sur l’imbattable marine militaire de la Suède de Charles II à Poltava, en juin 1709, en a été un premier exemple concluant.

Dans cette optique, le visiteur du palais de Peterhof, surnommé le Versailles russe, mis en chantier en 1714 sous les ordres de Pierre le Grand, – qui voulait rivaliser avec le palais de Louis XIV-, découvrira qu’au cœur de ce projet se trouve la fameuse statue de Samson déchirant la gueule du lion, au centre du bassin semi-circulaire, appelé la Grande Cascade. La fontaine de Samson symbolise la victoire de la Russie sur la Suède, le lion étant un élément héraldique du blason suédois. En ce sens, la tradition russe a fait du jour de la Saint-Simon, le 27 juin, le jour de la victoire de Poltava. Sur les degrés des cascades latérales et sur la terrasse supérieure, au bord du bassin, on trouve un ensemble de figures mythologiques de dieux et de héros de l’Antiquité incluant le peuple des eaux, naïades, tritons et sirènes sous le regard de Neptune. Eau, marine, bateau de guerre, navigation tels sons les symboles forts du tsar Pierre le Grand qui se reflète dans le patrimoine bâti de Saint-Pétersbourg.

 

Par Pierre-Paul Bleau, collaborateur Terra Ultima.

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