Guide un jour…

Par André Roy le  sous Aventures

« André, tu as tellement voyagé, tu pourrais guider dans tous ces pays que tu as visités. » On m’a souvent fait cette remarque et je me suis moi-même posé quelques fois la question. Eh bien justement, non.

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Les guides appartiennent à une race à part. Ils ont en eux quelque chose que j’admire, mais que tout le monde n’a pas. Chez eux, le sens de l’aventure et de l’exploration, et aussi un sens de la liberté, sont presque innés. Ils sont souvent de grands solitaires un peu déracinés, mais aussi des communicateurs, des gens de communauté et de famille, qu’elle soit immédiate ou élargie. Ce sont aussi et surtout des gens de terrain. Et quand je dis de terrain, en voici un exemple :

Avec notre guide Luc, en Chine, notre petit groupe de cinq part très tôt pour la Grande Muraille, vers le site de Badaling, la section la plus visitée de cette immense structure. L’air est cristallin et le ciel est d’un bleu impérial, contrastant avec la grisaille souvent présente à Pékin et dans les environs. Pour ma part, je suis un peu déçu, car j’aurais espéré visiter une autre section moins fréquentée de la Muraille (mais plus éloignée), comme Mutianyu ou Simatai. C’est que je ne connaissais pas encore assez bien Luc.

Maîtrisant parfaitement le mandarin et ayant vécu quelques années en Chine, Luc nous avait préparé une visite assez unique. Aussitôt arrivés dans le stationnement désert de Badaling au petit matin, nous nous dirigeons vers l’entrée, mais Luc nous arrête et nous dit de l’attendre et de surveiller l’immense panier à pique-nique qu’il a apporté à notre insu. Quelques instants plus tard, il revient et nous demande de le suivre. Nous arrivons à l’entrée et le gardien nous ouvre la barrière. Or, surprise et émerveillement, le site n’est pas encore officiellement ouvert : nous sommes complètement seuls sur la Muraille! Ce matin de mai 1997, les astronautes ont pu voir, paraît-il, cinq petits points en train de déjeuner sur ce gigantesque ruban de 6 700 km.

Il faut toutefois bien le préciser : il y a toutes sortes de guides. On peut demander les services d’un guide ponctuel pour visiter un musée, un site historique, un parc. La plupart sont des gens très bien informés et intéressants et sans eux notre visite serait incomplète et moins enrichissante. Nous les laissons après quelques heures, heureux (ou pas) de notre expérience.

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Je pense ici plutôt aux guides qui accompagnent un petit groupe vers une destination souvent hors des sentiers battus qui serait peu ou difficilement accessible individuellement, et cela pour toutes sortes de raisons. Certains d’entre eux ont déjà vécu ou vivent dans les pays où ils sont guides. Ils peuvent parler plusieurs langues et, pour certains, ont une capacité d’apprentissage hors du commun non seulement de la langue locale, mais du contexte particulier du pays ou de la région. Voici un autre exemple.

Sans l’insistance de Josselin, je ne crois pas que nous serions allés au tombeau des Patriarches, à Hébron, dans les territoires occupés de Cisjordanie. Nous avions senti la tension dès les premiers instants où nous avions passé, à pieds, la frontière d’Israël, en provenance de la Jordanie. Se rendre dans ce lieu névralgique ne faisait qu’ajouter à ce sentiment. La visite du tombeau même est moins le clou de cette expédition que le fait de déambuler dans les rues désertes de cette ville parsemée de miradors et de barrières lourdement gardés par l’armée israélienne. Les commerces placardés et les affiches relatant des disparitions de résidants ou revendiquant l’appartenance du territoire de part et d’autre laissent un grand sentiment de tristesse et d’impuissance. C’est certainement une des expériences les plus intenses que j’ai pu vivre.

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Outre leurs compétences techniques et leur connaissance du terrain, les guides ont différentes qualités qu’ils partagent souvent avec leur groupe, que ce soit leur passion pour les animaux, la nature, l’architecture, les arts et la cuisine, et j’en passe. Le voyage peut ainsi prendre une dimension insoupçonnée selon les circonstances et les personnes en cause. Et je ne peux m’empêcher de généraliser en disant que l’appétit semble une constante parmi tous ceux et celles que j’ai eu le plaisir de côtoyer. J’en veux pour preuve cette anecdote.

Après avoir passé quelques jours à randonner vers des villages d’une grande beauté dans une végétation luxuriante et à se laisser flotter dans un arc-en-ciel de poissons et de coraux sur une mer azur, Julie nous amène manger dans un petit hôtel de Labuan Bajo, à Flores, en Indonésie. Nous gravissons plusieurs marches pour atteindre une petite terrasse surplombant la baie elle-même baignée par les faisceaux orangers du disque solaire qui se noie dans la mer. Nos hôtes ont préparé des plats locaux savoureux et raffinés : soupes, poissons, riz, nouilles, satays et d’autres encore nous comblent les papilles et l’estomac avec, en prime, cette vue imprenable sur le scintillement des petites lumières des bateaux qui oscillent dans la baie, auxquelles répondent les millions d’étoiles qui garnissent le ciel.

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Mon premier guide d’aventures en 1989, Jacques, est encore aujourd’hui sur les routes du monde. D’autres avec qui j’ai voyagé deux, trois ou quatre fois, semblent aussi avoir reçu l’appel des globe-trotteurs éternels. D’autres encore ont accroché temporairement ou en permanence leur sac à dos pour suivre un autre destin, mais je ne crois pas me tromper en disant qu’ils conserveront toujours en eux leur âme d’aventurier et d’explorateur.

Guide un jour, guide pour toujours…

par André Roy

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Crédit de la photo de la couverture: © Aleskolodej