Diabluma, le diable des fêtes équatoriennes

Par Pierre-Paul Bleau le  sous Aventures

Au cours des festivités répandues sur le territoire équatorien, le diabluma ne parle pas, mais il communique par un sifflement et des gestes. Ce diable n’est donc pas le démon catholique. Avec son masque, il est symboliquement relié à tout ce que présuppose la vénération polythéiste dans une société donnée.

Une autre caractéristique du diabluma est le lien mythique qui le met en interaction avec les pagchas, ces lieux situés près des ravins d’où jaillissent des sources d’eau provenant des entrailles de cette terre autour du mont Mojanda. En ce sens, les montagnes sont considérées dans le nord des Andes équatoriennes comme des types de divinités et le Mojanda est l’une d’entre elles, vénérée pour éviter la grêle. Cette conception perdure aujourd’hui dans la région d’Otavalo où les pics élevés (cerros) et les ravins (quebradas) sont bel et bien des lieux sacrés dotés de pouvoir (dotatos de poder).

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Qu’un diabluma dépose son masque dans une pagcha, alors nous sommes en présence d’un ancien rite d’origine précolombienne de type animiste dédié aux montagnes, lesquelles, plus spécifiquement dans les Andes centrales du Pérou et de la Bolivie, sont des demeures de certains dieux andins. Voilà que par ce geste, aux allures de sorcellerie andine, le diabluma joue le rôle d’intermédiaire entre les spectateurs de la fête et les divinités des montagnes. Pourquoi ne serait-il pas un chaman-guérisseur qui fait un pacte avec le ‘’démon’’ en se baignant dans une cascade en flanc de montagne. De toute évidence, les guérisseurs sont forts populaires dans les communautés paysannes.

Le diabluma semble posséder une personnalité plutôt complexe propre aux divinités des religions polythéistes. En effet, il déclenche aussi bien le rire que la crainte tout en inspirant le respect de par la tradition lointaine dont il est porteur. Lors d’une fête comme la San Pedro, le fait de lui donner la main porte bonheur. Des enfants peuvent pleurer à la vue du diabluma, d’autres courir avec lui et lui donner des coups par derrière. Que penser d’un spectateur festif revêtant sans peur le masque parce qu’il est dans un état d’ébriété avancé et que conséquemment il passe la nuit suivante agité par les cauchemars. Contrairement au démon catholique, le diabluma est à la fois comique et tragique à l’image européenne d’un acteur de théâtre.

Par Pierre-Paul Bleau, collaborateur à Terra Ultima

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