La fiesta de San Pedro en Équateur

Par Pierre-Paul Bleau le  sous Aventures

Les festivités de San Pedro débutent avant cette date et prennent fin au début du mois d’août selon le cycle agricole. Il s’agit d’une période d’abondance allant de la fin de la récolte du maïs au début de la préparation des champs pour la culture des pommes de terre. C’est le moment idéal pour faire la fête, d’autant plus qu’après, à la fin de la saison sèche, les fourrages diminuent déclenchant l’abattage d’animaux de bassecour dont le nombre augmentera à nouveau pendant la période des pluies.

Des indigènes descendent en ville et défilent dans les rues illuminées sous les bannières de leurs villages, parés de déguisement aux couleurs multiples. Les danseurs se dispersent autour de la plaza du canton; des hommes et des femmes portent des coqs dans des cages en bois ou attachés à des perches. Les jeunes femmes désireuses d’avoir un enfant doivent sauter par-dessus les feux.

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Un personnage principal marque cette fête, c’est lui qui mène la danse et il porte un nom féminin: la diabluma ou tête de diable. Il apparaît avec son masque fait de tissus, arborant deux oreilles proéminentes entre lesquelles une douzaine de cornes est disposée, des trous pour les yeux et la bouche, de laquelle sort une langue très allongée. Son masque à deux faces, une d’une teinte flamboyante comme le rouge pour le jour, l’autre plus sombre pour la nuit tel le bleu. C’est la reconnaissance sans équivoque de la déesse-mère Pachamama comme l’unique déesse inca qui répond aux grands prêtres qui la consultent par un sifflement très fort (silvo temereso).

Dans ce contexte andin de la fiesta, la consommation d’alcool prend un sens social très fort, car elle est un moyen pour la personne participante de poser une rupture avec le quotidien et dépasser de la sorte l’univers profane en accédant à un état anormal propice à certaines expériences magico-religieuses dans lesquelles il perd le contrôle du personnage social qu’il incarne tous les jours dans la communauté.

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Cela illustre l’idée très répandue que le « diable » prend possession de celui qui porte le masque. Le pacte avec le diable pour tout participant implique de prendre de l’alcool, durant les fêtes, afin de voir sa force spirituelle accrue. Or, une communauté indigène va nécessairement insister pour que tous les participants d’une fête s’enivrent en même temps, de sorte qu’ils partagent tous un état à peu près identique.

Concluons en soulignant que l’espace culturel équatorien est truffé de récits mythologiques qui participent à la création d’une identité collective composée d’une mosaïque ethnique compliquée. En effet, tous ces lieux équatoriens chargés de sacré et de pratiques chamaniques, de la montagne au ravin, du travail quotidien à la fête, renvoient à un monde invisible, celui des esprits, des maitres des animaux ou des végétaux, des ancêtres, des morts et de leurs spectres.

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En Équateur, les rapports entre l’humain et son environnement ne peuvent être réfléchis en termes de rupture mais de continuité. Pour l’Équatorien, le monde des esprits détient un savoir susceptible d’être transmis à l’humain. Or, le monde des esprits est tout de même un facteur potentiel de désordre, il doit alors être appréhendé avec précautions par les rites. Au novice est transmis un savoir et il acquiert pouvoirs et objets de ses rencontres aussi bien dans le monde des esprits que dans ce monde ci auprès des siens et d’autres communautés, même d’autres groupes ethniques. Marcher sur le territoire équatorien c’est donc interférer avec le monde de l’au-delà.

Ce texte est la suite de Parcours historique en Équateur, écrit par Pierre-Paul Bleau, pour Terra Ultima.

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