Parcours historique en Équateur

Par Pierre-Paul Bleau le  sous Aventures

Les premières occupations humaines le long du littoral pacifique de l’Amérique du Sud datent d’une quinzaine de milliers d’années. Des chasseurs-cueilleurs parcouraient les Andes, il y a de cela 30 000 ou 40 000 ans. Dans les hautes terres, au-delà de 3500 mètres d’altitude, les preuves archéologiques d’une présence humaine ne remontent cependant qu’au 11e siècle avant notre ère, à la suite du retrait des glaciers. Cette période coïncidant avec l’installation de la phase climatique actuelle s’accompagne d’un rétablissement du rythme saisonnier des précipitations et d’une augmentation de la couverture végétale en altitude. Plus près de nous, environ 6000 avant notre ère, toujours dans les hautes terres, prédominent aussi bien un nomadisme entre la côte du Pacifique et les versants de la cordillère péruvienne et équatorienne qu’une spécialisation dans la chasse aux camélidés, qui fait suite à l’extension des grandes steppes à graminées favorisant la croissance des troupeaux.

De la chasse à la domestication

Dès le 5e millénaire, dans les Andes centrales, la chasse aux guanacos et vigognes prend une ampleur phénoménale; ils représentent plus de 80% des ossements découverts. Cette chasse contribue à la familiarisation entre les groupes de chasseurs et les troupeaux, ce qui est certainement à l’origine de la domestication de ces animaux.

La première espèce domestique, l’alpaga, apparaît au 5e millénaire avant notre ère, le lama vers le 4e millénaire. La domestication des camélidés est à l’origine d’une civilisation pastorale sans équivalent dans le monde; elle a permis aux populations andines de mettre en œuvre le transport des produits agricoles et artisanaux entre les communautés sur un territoire allant de l’actuelle Colombie au sud de l’actuel Chili.

Un peu avant l’époque de l’empire inca, puis du 15e au 16e siècle de notre ère, outre le troc de viande, de laine et de feuilles de coca, le commerce n’existait pas. L’État minimal prenait en charge la distribution des récoltes et exerçait le contrôle du transport dans les provinces conquises. Sur la côte du Pacifique, où ne peuvent être élevés les camélidés, seuls animaux de bât avant le cheval et l’âne amenés avec la conquête espagnole, tout un réseau de marchands a vu le jour.

Ainsi, loin de la Mésoamérique, isolés du reste du monde, les Indiens des Andes connaissent un passage évolutif, de l’étape de chasseurs-cueilleurs à celle de communautés permanentes, qui s’échelonne sur une période de 2000 à 3000 ans débutant autour de 3500 avant notre ère.

En Équateur plus particulièrement, le début de cette période est marqué par la construction encore en matériaux périssables des premiers centres cérémoniels de Real Alto et de Guayas propres à la culture de Valdivia. La poterie des artisans valdiviens en terre cuite de couleur et ses motifs gravés est absolument remarquable alors qu’au 3e millénaire la céramique de Valdivia est reconnue pour ses figurines de femmes nues, frontales, à la chevelure abondante; c’est l’avènement de l’art précolombien andin.

De même, les fouilles archéologiques menées dans Real Alto ont révélé l’existence de structures de maison pouvant contenir une vingtaine de personnes, de même qu’elles révèlent la présence de sépultures creusées dans le sol même des maisons. Ces sépultures ont la forme de puits où les défunts sont enterrés au milieu du mobilier funéraire traditionnel d’une maison. De plus, l’étude de ces sépultures et des soins apportés aux défunts confirme l’existence d’une hiérarchie sociale rigide dominée par une classe de nobles détenant à la fois le pouvoir politique et religieux. Précisons que vers 1500 ans avant notre ère, les communautés de Real Alto érigent des temples en altitude dans le but de mener divers rites sacrés pour le moins complexes.

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Équateur pluri-ethnique

Cette complexité s’explique en partie par le fait que pas moins de dix groupes ethniques coexistent en Équateur et que chacun de ces groupes peut être envisagé comme une nation en soi avec des traditions particulières, une langue propre. Les plus nombreux, les Quicha, se retrouvent surtout dans les sierras Sur, Central et Norte et peuvent être associés aux Quechua du Pérou et de la Bolivie. Aussi, chacune des villes de l’Équateur se situe au centre d’une micro-région agricole et pastorale qui, dans une large mesure, se développe de manière autonome. Du point de vue identitaire, près de la moitié de la population équatorienne clament une identité indigenas à l’intérieur d’une communauté indigène parlant quichua ou une autre langue traditionnelle tout en ayant un habillement traditionnel particulier.

Culture équatorienne de la fiesta

Pour ajouter à cette complexité, les critères d’identité ethnique, par exemple, entre indigena et blanco sont très souples. Ainsi, des membres d’une famille indigène déménagent à Quito, inscrivent leurs enfants à l’école occidentale et voilà que ces derniers sont considérés comme des blancos. Si ces mêmes enfants retournaient plus tard dans la communauté de leurs parents ils pourraient ainsi redevenir indigenas. S’ajoute à la souplesse des catégories ethniques, la variété des fêtes traditionnelles caractérisant le calendrier équatorien. N’importe quand dans l’année on peut donc tomber au milieu d’une fiesta très animée que ce soit en montagne, en campagne et surtout en ville. À la limite, on pourrait croire que chaque communauté possède son calendrier de festivités.

De nos jours, les fêtes présentées en Équateur illustrent l’héritage des rites sacrés élaborés depuis l’époque précolombienne sinon bien avant. En ce sens, notre visite de la Sierra du Nord avec ses magnifiques volcans, lacs et vallées de même que la découverte touristique d’une importante richesse artisanale, grâce aux sculptures de bois de San Antonio, aux cuirs de Cotacachi et aux incomparables tissages d’Otavalo, nous rapprochent d’un de ces lieux de célébration, le canton Pedro Moncayo de la province de Pichincha. C’est là que se prépare annuellement la grande fiesta de San Pedro, le 29 juin.

La suite de la fiesta équatorienne dans le prochain billet.

Écrit par Pierre-Paul Bleau, pour Terra Ultima.

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